Féminisme, genre (s) et intersectionalité

Samedi 14 mars, la Société Féminismes et Philosophies à l’Université de Montréal (SoFéPUM) vous invitait à son Café-Philo « Féminisme, genre (s) et intersectionalité » au Bar populaire. La discussion était animée par Caroline Trottier-Gascon, porte-parole du Groupe d’Action trans de l’UdeM et a porté sur différents enjeux des problèmes transféministes.

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La question trans touche à la question de l’identité et du corps ce qui est un point convergent avec le féminisme. Le genre est une construction sociale et un rapport de pouvoir dont souffrent toutes les femmes.

La langue touche à ce problème, puisque avec elle, il semble y avoir un besoin d‘attribuer un genre à toute entité que l’on désigne. Il n’y a du moins pas d’autres possibilités que de référer au sexe d’une personne lorsque l’on s’exprime en français. « Il » ou « elle ». Mais quid des personnes dont l’identité personnelle ne correspond pas à leurs sexes ? Et en quoi s’adresser dans la dualité pourrait ne pas entraver la cause féministe ?

Il existe un pronom personnel mixte : illes. Mais celui-ci n’est pas ou encore peu utilisé. Sur les papiers d’identité, le sexe est indiqué, ce qui est un véritable problème pour les personnes trans. C’est le cas notamment à l’Université de Montréal où le code permanent qui apparaît sur la carte d’étudiant indique le genre. Mais l’identité sexuelle devrait cesser d’être une réalité imposée à l’individu pour être enfin une composante de sa vie privée.

En revanche, un point sur lequel l’Université de Montréal a fait un pas est celui des toilettes.

A priori, le sujet peut sembler bien anodin, mais cette problématique est un lieu d’actions privilégié pour les problèmes d’intersection. Pourquoi définir les toilettes selon un sexe ? Si les sanitaires étaient individuels et non-genrés, cela inclurait davantage les personnes trans dans la société. Et supposons qu’on les construise de manière à pouvoir accueillir les personnes handicapées, elles seraient d’autant plus inclusives.

La seule objection soulevée est d’imaginer qu’elles soient collectives et que de fait, les hommes nécessairement s’y rinceront l’œil. Mais il s’agit là d’un regard hétéronormatif qui souligne par une erreur de jugement un véritable problème : la culture du viol. Il ne s’agit plus ici des toilettes dans, mais bien de la perception de la femme par l’homme dans nos sociétés. À travers les toilettes collectives assignées par sexe, on demande aux femmes de se protéger dans un endroit clos et on y exclut, de plus, certaines d’entre elles.

Le problème des personnes trans est aussi de ne pas se faire entendre dans les débats féministes. L’exclusion des femmes trans dans les milieux non mixtes est une réalité encore présente. Pourtant le féminisme y gagnerait à se voir plus intersectionnel.

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À ce sujet, une conférence sera donnée mardi 31 mars par le groupe d’action trans de l’UdeM : http://www.facebook.com/events/1382419015410882/

La prochaine activité de la Sofépum se tiendra mercredi 1 er avril et il s’agira d’une projection de film gratuite Women Without Men : http://www.facebook.com/events/954109037947253/

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Sur les blagues sexistes et autres trucs pas si drôles

Quels sont les impacts d’une blague sexiste? Existe-t-il une (ou des) bonne raison de ne pas faire de jokes sexistes, outre leur mauvais goût? De tous les comportements qui peuvent se manifester comme discriminatoires, les blagues sexistes semblent, de loin, être les plus anodins, les plus bénins.

Ceci rend difficile l’acte d’encourager autrui à ne pas faire de blagues sexistes. Quel est le mal d’une joke de blonde dans un 4à7 ou d’une chanson grivoise lors des initiations? Naturellement, la réponse à cette question est simple: c’est que ce genre de choses sont offensantes, tout simplement. Cependant, outre le sempiternel commentaire comme quoi vous n’avez pas le sens de l’humour ou que vous avec une peau mince, peut-être avez-vous déjà entendu un commentaire de ce genre:

« Oui, mais tous mes amis trouvent ça drôle. Même certaines de mes amies en font, des blagues de ce genre. »

Il peut être difficile de sortir la carte de l’offense faite aux cibles de ces blagues lorsque la personne avec qui vous discutez déclare que toute son audience apprécie les blagues sexistes. Toutefois, les blagues sexistes ont plus d’impacts que vous pourriez le penser. Une recherche menée par le professeur Thomas Ford du Western California University[1] indique que les blagues sexistes peuvent avoir des conséquences psychologiques sur les individus qui écoutent ces blagues. L’étude révèle que, si les blagues sexistes ne provoquent pas l’acquisition de croyances discriminatoires à l’endroit des femmes, elles peuvent toutefois donner l’impression à des individus hautement hostiles à l’endroit des femmes qu’ils sont dans un climat de tolérance à l’égard des actes hostiles et/ou hautement sexistes. C’est suite à cette impression d’être endossé par une majorité d’individus dans le groupe (à savoir, ceux et celles qui présentent des blagues sexistes et en rient) que l’individu en question sent que des actes hostiles seront tolérés. Bien sur, ce n’est pas à dire que ceux et celles qui font des blagues sexistes sont eux aussi hautement hostiles envers les femmes. Toutefois, ces blagues peuvent générer l’impression qu’il existe réellement un climat de tolérance pour des actes plus dramatiques à l’endroit des femmes. Ceci (avec quelques autres études)[2] permet aussi d’expliquer le taux d’agression plus élevé lors des initiations où les chansons dégradantes à l’endroit des femmes favorisent l’impression qu’un climat de tolérance est présent eut égard à des actes hostiles envers les femmes. Comme l’écrivaient les chercheurs de l’étude du Western California University, « Sexist humor, not a laughing matter. »

Et personnellement, j’ai toujours préféré la blague du fou qui repeint son plafond.

[1] Ford, Thomas & Ferguson, Mark (2004), « Social Consequences of Disparagement Humor: A Prejudiced Norm Theory », Personality and Social Psychology Review, vol 8 (1): 79-94.

[2] Thomas E. Ford, Christie F. Boxer, Jacob Armstrong, & Jessica R. Edel (2008), « More Than “Just a Joke”: The Prejudice-Releasing Function of Sexist Humor », Personality and Social Psychology Bulletin 34: 159-170.

Romero-Sánchez, M., Durán, M., Carretero-Dios, H., Megías, J. L., & Moya, M. (2010). Exposure to sexist humor and rape proclivity: The moderator effect of aversiveness ratings. Journal of Interpersonal Violence25(12), 2339–50.

Viki, G., Thomae, M., Cullen, A., & Fernandez, H. (2007). The effect of sexist humor and type of rape on men’s self-reported rape proclivity and victim blame. Current Research in Social Psychology13(10), 122–132.

Lorsque les femmes refusent ou Du féminicide en Californie.

Le 23 mai dernier, Elliot Rodger âgé de 22 ans poignarde trois personnes à son appartement avant d’embarquer dans sa voiture avec comme objectif de fusiller des passantes dans les rues de Isla Vista en Californie. Il en tue trois autres et fait sept blessés avant d’être retrouvé mort au volant de sa voiture, une balle dans la tête.

Évidemment, comme à chaque fusillade qui a lieu aux États-Unis, le débat sur le port des armes à feu est ravivé et les médias insistent dangereusement sur la « folie » présumée du meurtrier, ce qui détourne la population d’une source importante des actes de l’homme : sa haine des femmes. Les médias, au lieu d’admettre qu’il s’agit bel et bien d’un féminicide, se confortent plutôt dans le fait qu’il s’agissait purement et simplement d’un individu affecté par un problème mental. En effet, La Presse dans un de ses articles a même cru bon de préciser que les policiers qui l’ont interrogé quelques jours avant ces actes le trouvaient « poli et timide ». En bref, on ressort les mêmes vieux témoignages que l’on retrouve aussi dans d’autres articles concernant les violences conjugales: « Mais c’était tellement un bon gars! ». Cette affirmation masque le fait que les hommes violents n’ont pas tous l’air violent ou plutôt qu’ils ont très rarement l’air d’être violent.

Elliot Rodger lui-même était convaincu d’être un « bon gars ».Effectivementt, s’il est possible, malgré le fait que plusieurs de ses victimes soient des hommes, d’affirmer qu’il s’agit bel et bien de gynécide c’est précisément à cause de sa lettre de 141 pages ainsi que ses vidéos publiés sur youtube qui expliquent clairement sa haine des femmes; ce sont elles la cause de tous ses malheurs. Dans son principal vidéo intitulé “Retribution”, il explique à quel point il se considère comme le parfait gentleman. Il dit alors absolument ne pas comprendre pourquoi les femmes refusent de se « donner » à lui, qui le mérite plus que tout autre homme puisqu’il est encore vierge à 22 ans.

Or, Elliot Rodger, malgré le fait qu’il avait des troubles mentaux, il faut l’admettre, n’articule pas des arguments forts différents des regroupements des Men’s studies plus connus en français sous l’appellation de masculinistes. L‘argument du « bon gars » revient très souvent et signifie notamment que les femmes doivent leur corps aux hommes, qu’elles sont une fois de plus dépossédés d’elles-mêmes et que les hommes peuvent demander ce qui leur est dû. Plus subtilement, mais encore plus répandu actuellement, le terme « friendzone » transmet la même idée. Un homme qui est gentil avec une fille en lui faisant des faveurs, des achats, des cadeaux ou simplement en agissant avec politesse au fond espère en retour avoir du sexe avec elle. Cependant, lorsqu’une femme le considère plutôt comme un ami, il est « friendzoné » et cela semblerait être pour eux l’insulte totale. Une femme ne peut être amie avec un homme, car lorsque ce dernier est agréable avec elle, elle lui doit forcément quelque chose en retour.

Dans son texte, l’homme expose clairement sa vision des femmes et pourquoi il désire s’attaquer à elles précisément:

« Women should not have the right to choose who to mate and breed with. That decision should be made for them by rational men of intelligence. If women continue to have rights, they will only hinder the advancement of the human race by breeding with degenerate men and creating stupid, degenerate offspring. This will cause humanity to become even more depraved with each generation. Women have more power in human society than they deserve, all because of sex.  There is no creature more evil and depraved than the human female. Women are like a plague. They don’t deserve to have any rights. Their wickedness must be contained in order prevent future generations from falling to degeneracy. Women are vicious, evil, barbaric animals, and they need to be treated as such. »

En bref, ce ne sont nullement ses « troubles mentaux » qui sont à l’origine de sa misogynie. En retraçant les abonnements Youtube de Elliot Rodger, il est possible de constater qu’il faisait partie d’un groupe nommé PUA (pick-up artist) qui s’affiche comme un regroupement d’hommes frustrés sexuellement désirant avoir le sexe qui leur est dû en effectuant des séances de drague, de manipulation et en partageant des textes qui se veulent un guide pour les hommes qui font face à des femmes non consentantes (autrement dit un guide de viol). Ces hommes, comme Elliot Rodger, croient qu’ils méritent le corps des femmes, que celles-ci leur doivent des faveurs sexuelles.

Elliott Rodger n’est pas une exception. Suite à la tuerie, une page Facebook intitulée « Elliot Rodger is an American hero » où un homme le félicite, voire le divinise, a été créée. Cela montre que le tueur s’inscrit dans une culture machiste où viennent prendre racine des actes plus violents et des théories misogynes. Rodger n’est pas le premier non plus. Au Québec, les blessures de la tuerie de Polytechnique refont surface. Marc Lépine a aussi été le sujet d’un blogue masculiniste, toujours actif, qui l’érigeait en héro. Lépine effectuait un geste politique et l’écrit clairement dans sa lettre: « ce n’est pas pour des raisons économiques (car j’ai attendu d’avoir épuisé tout mes moyens financiers refusant même de l’emploi) mais bien pour des raisons politiques. Car j’ai décidé d’envoyer Ad Patres les féministes qui m’ont toujours gaché la vie. ». Il va sans dire que ces actes hautement médiatisés ne sont pas sans influences. Quelques heures après le féminicide de Elliot Rodger, toujours en Californie, un homme a tenté de tuer deux femmes qui refusaient de coucher avec lui et son ami.

Ces tueries, qui s’ajoutent au harcèlement de rue, aux agressions sexuelles et physiques dont les femmes sont majoritairement la cible, contribuent à conserver un climat terrifiant. Un tel climat permet un plus grand contrôle des hommes sur les femmes. Un contrôle sur leur mobilité et sur leur corps (peur de marcher la nuit, de refuser des avances, de porter les vêtements qui leur plaisent, etc.)

Collectivement, nous nous posons beaucoup de questions aujourd’hui concernant les solutions de prévention de drames similaires. Comment un homme avec des troubles de santé mentale connus qui consultait d’ailleurs des spécialistes a-t-il pu mettre la main sur des armes à feu, et ce de façon légale? Cette question est légitime, mais fait de l’ombre au discours qui a inspiré l’auteur du féminicide. Les masculinistes aiment généralement trouver la cause de tous leurs problèmes personnels dans les femmes et les féministes. C’est précisément cette idéologie qui est à combattre et à prévenir. Il faut intervenir à cette source même. Ces mouvements répondent aux actes de violences commis sur des femmes à l’aide de réponses toutes faites : “mais les hommes aussi souffrent” (#NotAllMen). Oui, les hommes peuvent souffrir aussi, mais ce fait n’efface pas que les femmes subissent en trop grande majorté des violences précisément parce qu’elles sont des femmes.

Culturellement, les femmes sont vu comme un trophé par plusieurs hommes. Cette culture de la séduction, représentant les femmes comme une matière inerte qui devrait être formée par des hommes, véhicule un discours selon lequel les hommes “méritent” une femme et lorsqu’elle CHOISISSENT de refuser leurs avances, plusieurs femmes peuvent témoigner de l’agressivité engendrée par la suite. Et cette colère peut prendre différentes formes. Beaucoup trop d’entre nous, femmes, avons subit les foudres d’un homme nous faisant des avances qui suite à notre refus nous injure : “agace” “salope” “pute”, qu’ils répondent. Cet état de fait est inacceptable et pourtant trop fréquent.

En tant que femmes sur un campus universitaire où en 1989 se produisait un drame semblable à celui de Isla Vista, il est inévitable de ressentir de la peur. De la peur de voir se perpétuer ces comportements masculinistes et misogynes dans nos milieux universitaires et dans notre société. À l’époque, Lépine écrivait : « Elles veulent conserver les avantages des femmes (ex. assurances moins cher, congé de maternité prolongé précédé d’un retrait préventif, etc.) tout en s’accaparant de ceux des hommes. » Son geste visait non seulement les femmes et les féministes, mais celles qui lui avait ”volé” sa place à l’université, au travail. Ces femmes, selon lui, s’accaparaient des privilèges des hommes et étaient ainsi la source de son malheur.

Les jeunes adultes semblent être les individus les plus enclins à adhèrer aux discours de haine vis-à-vis des femmes véhiculé par les groupes masculinistes puisque c’est le moment de leur vie où la séduction prend le plus de place. Or, bien que le débat sur le port des armes à feu est important, il accorde moins d’importance à la misogynie qui a justifié les actes du tireur. Or, une telle rhétorique écarte toute analyse sociale des comportements valorisées et des valeurs transmis chez des hommes qui croient détenir un droit sur les corps des femmes. Cette socialisation du privilège et du tout-est-permis masculin alimente de dangereuses dynamiques entre les sexes. Le Tumblr When Women Refuse dresse un répertoire des actes criminels et sexuels à l’égard des femmes qui ont « refusé » des sollicitations masculines.

Le geste commis à Isle Vista était en définitive que la pointe de l’iceberg d’une dangereuse vague de masculinisme et il est hors de question de prendre cela à la légère. Toutefois, de nombreuses autres questions peuvent être soulevées par ce drame. Certains propos tenus par le tueur, mais également ses victimes mâles, démontrent aussi qu’il avait de la haine contre les personnes de couleurs. Encore là, Rodger n’est pas un cas isolé dans cette haine.

La SoFePUM à Philopolis : Réponses à une faible présence du discours et des pratiques féministes à l’Université de Montréal.

Nous vous invitons ce samedi 22 février à assister à notre atelier-discussion lors de l’évènement Philopolis, qui aura comme thème Réponses à une faible présence du discours et des pratiques féministes à l’Université de Montréal.

Voici le déroulement de la présentation :

• Considérations qui ont mené à sa formation : faible proportion de femmes dans la plupart des départements de Philosophie nord-américains et statistiques navrantes, faible présence féministe sur le campus, absence de corpus féministe au département.

• Orientation : Questionner les pratiques académiques reliées à l’étude, à l’enseignement et à la dimension sociale de la Philosophie ; dans le contexte académique de l’Université comme institution organisée et lieu de pouvoir, interroger les pratiques et biais cognitifs tant au niveau horizontal que vertical, les rapports de pouvoir et les appareils de représentation.

• Actions : présentation des actions passées, en cours et à venir, visant une prise de conscience collective de la situation.

• Principes : Compréhension pluraliste du féminisme, ouverture à l’autre et échange fondé sur l’écoute. Suite à la présentation, une période de discussion sera allouée pour permettre aux participantes et aux participants de partager leurs intuitions sur les questions introduites par la SoFéPUM.

• Discussions

Notre présentation aura lieu sur notre campus, à l’UdeM, pavillon Jean-Brillant (3200 rue Jean-Brillant) au local  B-3205 à 12h. La durée est estimée à une heure.

Voici l’évènement facebook

La déclassification du métier d’enseignant comme symptôme de sa féminisation massive, par Antoine Compagnon

On peut difficilement rester silencieuses à l’égard des propos tenus par le professeur et essayiste français Antoine Compagnon dans une entrevue publiée lundi passé au quotidien Le Figaro. Le professeur estime que la déclassification du métier d’enseignant en France est d’abord liée à un phénomène de massification de l’éducation («environ 20% d’une génération d’élèves obtenaient le bac en 1970, contre 76% en 2012»), qui découlerait éventuellement sur une démocratisation de la profession.

Cette déclassification serait aussi liée à la «féminisation massive» de la profession depuis quelques décennies. Selon les propos rapportés par le journal Le Figaro, M. Compagnon croit qu’«un métier féminin reste encore souvent un emploi d’appoint dans un couple». L’arrivée massive des femmes dans le monde du travail aurait des conséquences analogues pour la magistrature française.

Antoine Compagnon est professeur de littérature française au Collège de France (Chaire de littérature française et contemporaine). Chercheur éminent, ses essais sur l’histoire de la littérature font de lui un incontournable des études littéraires contemporaines.

Selon les données du Ministère de l’Éducation français, on constate effectivement que 66,1% des enseignants, tous cycles confondus, sont des femmes. On remarquera cependant qu’elles représentent 37,3%, des 70 000 enseignants de cycles supérieurs. Rappelons qu’elles gagnaient encore, en 2010 et dans la fonction publique, un salaire moyen moindre.

Pour M. Compagnon, l’arrivée des femmes sur le marché du travail, et plus précisément dans le domaine de l’enseignement, est l’une des causes de la déconsidération du métier d’enseignant en France. Qu’il croit que «l’enseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de l’emploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien s’occuper de leurs enfants» reste une opinion. Sa conception machiavélique de la femme ne saurait vraiment faire l’objet d’un débat. Ce qui est le plus navrant, c’est de voir que les acquis récents pour la condition féminine, c’est-à-dire la lente ascension des femmes dans le monde du travail, soit perçus par cet éminent professeur comme le signe d’une perte de prestige pour la profession. Ses propos reflètent une doxa qui voudrait que la parité soit le lieu d’une détérioration de la qualité d’une profession, sous-entendant que la femme servirait mieux la société si elle restait dans la sphère de la vie privée.

Que l’arrivée des femmes dans le monde du travail entraine des changements de modalités est «inéluctable» : en effet, elles viennent percer une certaine homogénéité en apportant un point de vue sur le monde trop longtemps dévalué. Établir un lien de causalité douteux entre l’arrivée de celles-ci et une déclassification du métier d’enseignant, sous la forme d’une affirmation, relève plus d’une confusion entre une posture scientifique et une conviction personnelle, que d’un amalgame «fouarreux» entre un fait et un autre.

M. Compagnon n’est pas revenu, à notre connaissance, sur les propos rapportés par Le Figaro.